Historique du syndicalisme en FranceL'activité syndicale, pour être efficace, doit s'inscrire dans une vision globale du combat syndical: son histoire, ses valeurs et ses perspectives.Le combat syndical a permis d'arracher des droits pour les salariés. L'État, la bourgeoisie ont d'abord violemment combattu l'exigence de droits collectifs pour les travailleurs et refusé de reconnaître le fait syndical. L'histoire du mouvement syndical et des luttes sociales montrent que les droits sociaux n'ont jamais été concédés facilement. Ces droits sont issus de luttes et ils évoluent au gré des rapports de forces.Le patronat a toujours voulu rogner ces droits, les nier et les faire régresser. II a toujours cherché à les utiliser à son profit... Le syndicalisme aussi! Le syndicalisme se doit de faire respecter les droits existants, les faire évoluer et les élargir.Pour cela, il doit connaître les droits et les institutions liés aux droits du travail: c'est une partie importante de cette brochure.La connaissance de ces droits est indispensable: elle donne aux syndicalistes des moyens d'action. Mais le droit reste un outil à utiliser dans une vision et une stratégie plus larges de l'activité syndicale, à mettre au service de notre conception du syndicalisme.Le syndicalisme constitue un moyen d'organisation et d'expression collectives du monde du travail, il lui permet de s'affirmer, de défendre ses conditions de vie et de travail et de contribuer à changer la société pour la rendre plus juste.Par son rôle de contre-pouvoir, il participe de la vie démocratique d'une société.II mène son action en s'appuyant sur les droits existants mais il a la responsabilité de les améliorer: pour cela, il est conduit à dépasser les limites des réglementations et des lois, quand elles contribuent à empêcher les mobilisations sociales ou quand elles deviennent profondément illégitimes. Ainsi quand la grève était illégale, à certaines périodes de l'histoire, des syndicalistes ont pris la responsabilité d'organiser des grèves: ces actions ont permis d'imposer la reconnaissance du droit de grève. Aujourd'hui comme hier, pour défendre leur emploi ou leurs revendications, des salariés sont amenés à occuper leur entreprise, à mener des actions illégales, d'un point de vue juridique, mais parfaitement légitimes du point de vue de la justice sociale!C'est en mêlant luttes pour le respect des droits existants et luttes de transformation sociale, permettant d'en conquérir de nouveaux, que le syndicalisme répondra aux besoins des salariés dans leur diversité. Cela suppose un travail de terrain s'appuyant sur un réseau militant large, efficace et motivé: cette brochure a vocation à aider à la construction de ce réseau syndical Solidaires. PETIT RÉSUMÉ D'HISTOIRE DU SYNDICALISMELa Révolution française de 1789 jette les bases juridiques du capitalisme en France. Cette révolution est le fruit d'une situation économique et des changements idéologiques permettant de « repenser le monde » que les conceptions philosophiques des «lumières» ont permises. Clubs de discussions et corporations sont les creusets de cette pensée républicaine, dans laquelle les contradictions entre « bourgeois » et « bras nus » apparaissent déjà. La théorie capitaliste dite « libérale » affirme que le contrat (de travail) se forme librement entre celui qui vend sa force de travail et celui qui l'achète. L'employeur fixe les conditions de travail (horaires, salaires...). L'employeur peut résilier le contrat (donc licencier) à tout moment d'une façon unilatérale. La loi des 2 et 17 mars 1791 dit « décret d'Allarde » consacre la liberté du travail et surtout la loi dite « Le Chapelier» des 14 et 17 juin 1791 interdit les groupements professionnels et les coalitions, en particulier la grève. Le travailleur est isolé, il lui est interdit de s'unir pour défendre un intérêt collectif.Cette loi s'attaque en particulier aux corporations, premières formes d'organisation des travailleurs et des artisans, parfois employeurs, autour des métiers.Quelques années plus tard, en 1803, le livret ouvrier est institué. L'ouvrier qui n'en possède pas est considéré comme un vagabond. Le patron le lui remet à l'expiration du contrat de travail, dit de « louage », pour attester qu'il est libre de tout engagement. Cette disposition est un énorme moyen de pression pour l'employeur, qui ne disparaîtra définitivement qu'en 1890. C'est dans ces conditions que se crée une classe ouvrière avec l'essor de la révolution industrielle. Les ouvriers travaillent 12 à 15 heures par jour, dans des conditions très dures et précaires, avec des retenues sur salaire et des amendes. Face à cette situation très sombre, se créent des sociétés de secours mutuels. Ces sociétés, en fait, contournent l'interdiction des coalitions. Elles essayent de structurer un espace de discussion sur les conditions de travail afin d'imposer les changements de ces conditions à l'employeur. Souvent défensives, ces organisations vont devenir plus offensives après 1830.La révolte des Canuts lyonnais, leur revendication ouvrière du droit de vivre de son travail, réprimées dans le sang, met en lumière la lutte de classes.La révolution de 1848 marque, en France et à travers l'Europe, la conscience d'une exigence de « démocratie sociale», porteuse d'une conception autonome de la «classe ouvrière ». Cela contribue à une dynamique d'organisation.Avec l'essor industriel et la concentration démographique, la deuxième partie de XIXe siècle marque l'affirmation du mouvement syndical. Vers 1860, il y a une multiplication de grèves. Le patronat essaie de les restreindre aux établissements mais les ouvriers communiquent entre eux. L'empire libéral, après 1860, cherche à se concilier les milieux ouvriers, ce qui conduira à une certaine tolérance envers les syndicats. Des lois importantes vont se succéder, comme celle du 25 mai 1864 qui abroge le délit de coalition, la grève n'est plus un délit.La création de l'Association internationale des travailleurs en 1864 est une nouvelle étape dans l'affirmation d'une lutte de classes par delà les frontières et les langues. A l'initiative des trade-unions britanniques, elle trouve son origine dans une mobilisation contre la répression prussienne et russe vis-à-vis de l'insurrection polonaise et une proposition d'organisation des associations professionnelles contre les «jaunes» (briseurs de grève).L'existence de sociétés d'entraide et de résistance conjuguées à l'élaboration des doctrines« socialistes» donnent naissance à des projets politiques de démocratie «socialiste». La Commune de Paris (et celles de plusieurs villes de province) marque la persistance et l'organisation de plus en plus forte du monde du travail. La répression est féroce, à la hauteur de la peur de la bourgeoisie, mais le pouvoir relance ensuite la légalisation du mouvement ouvrier dans l'espoir de le contrôler.La loi de 1874 institue le corps de l'inspection du travail. Puis, une loi fondamentale, celle du 21 mars 1884 dite Waldeck Rousseau, accorde la liberté syndicale. Désormais les syndicats peuvent se constituer librement et acquérir la personnalité juridique sous la seule condition de déposer leurs statuts et le nom de leurs dirigeants, condition que beaucoup refusent à l'époque. La structuration du mouvement syndical va être le résultat d'une série de groupements sur le plan local, national et professionnel. D'un côté, il y a les Bourses du travail qui se montent en centres de solidarités ouvrières « organisant les salariés », « la résistance et la propagande révolutionnaire », s'intéressant plus particulièrement à la formation, l'emploi et créant de nombreux services sociaux d'entraide... Elles se fédèrent entre elles en 1892... De l'autre, les fédérations professionnelles sur la base du métier, qui jettent les bases de la CGT en 1895 (congrès de Limoges). Ces deux conceptions vont s'opposer, puis vont réussir à se regrouper pour fonder la CGT en 1902 (congrès de Montpellier). A partir de 1887, se créent des syndicats chrétiens désirant appliquer la doctrine exposée dans des encycliques pontificales et ne pas laisser la place libre à la CGT. En 1906, la charte d'Amiens, adoptée lors d'un congrès de la CGT, constitue la référence historique du syndicalisme de lutte: satisfaction des revendications quotidiennes des travailleurs, lutte pour la transformation de la société, indépendance vis-à-vis des partis et des gouvernements. En 1919, se crée la Confédération française des travailleurs chrétiens. La CFTC prône la collaboration du capital et du travail. Pour le syndicalisme chrétien, il n'y a pas de rivalité de classes mais complémentarité. L'ouvrier ne doit pas léser le patron et le patron ne doit pas traiter l'ouvrier en esclave. A l'issue de la première guerre mondiale, la CGT éclate en deux en 1921, d'un côté la CGT et de l'autre la CGT U (unitaire). Cette scission a plusieurs causes :-la divergence d'attitude des syndicalistes face à la guerre: les uns acceptant de participer à l'effort de guerre, les autres internationalistes la refusant;- une divergence politique face à la révolution russe de 1917 et des divergences sur le rôle du syndicalisme; -la scission du Parti socialiste au congrès de Tours de 1920 donnant naissance au Parti communiste.La CGT- U de tendance révolutionnaire est animée par des anarcho-syndicalistes et des militants du PC. La CGT et la CGT- U vont se réunir 15 ans après, en 1936. L'année 1936 est une année importante. La première grève générale aboutit à la signature des accords de Matignon entre la CGT et le patronat. On peut relever la semaine de quarante heures, la semaine de congés payés et la mise en place de conventions collectives et de délégués ouvriers.Dissoutes au début de la seconde guerre mondiale par le gouvernement de Vichy, les confédérations se reconstituent pendant la résistance et se trouvent renforcées à la Libération (5,5 millions d'adhérents). Dans le cadre de la « reconstruction » d'après guerre, l'État s'appuie sur un compromis social fondé sur la légitimité de la « résistance », ses aspirations sociales et les impératifs de production. La Libération va être synonyme d'un nouvel essor du droit du travail: on verra la création des comités d'entreprise, de la Sécurité sociale... En 1947, une nouvelle scission frappe la CGT divisée par la guerre froide. Force ouvrière est créé avec l'appui des USA. D'orientation réformiste, FO veut incarner un syndicalisme « libre », hors de la tutelle du PC. D'autres organisations choisissent la voie de l'autonomie, c'est-à-dire l'affirmation de l'indépendance face aux politiques et aux confédérations et le refus de cautionner la division du monde syndical. C'est en particulier le cas du syndicalisme enseignant (FEN).En 1964, la CFTC devient la CFDT. Une grande majorité d'adhérents prône désormais l'élimination à toute référence confessionnelle, la radicalisation des luttes et l'unité d'action, une orientation anti-capitaliste et tiers-mondiste et la revendication d'un syndicalisme autogestionnaire. La CFTC maintenue continuera avec 10 % des adhérents de l'ancienne organisation. La mise en oeuvre d'un « pacte d'unité d'action » CGT/CFDT en 1965 contribue au développement des mobilisations sociales. La grève de Mai 1968 est la plus importante de l'histoire en France. La grève qui trouve son origine dans une révolte de la jeunesse, provoque un débordement des appareils de la gauche historique (SFIO, FO, PCF CGT...). Elle aboutit aux accords de Grenelle, qui consacrent notamment la reconnaissance de la section syndicale d'entreprise. Elle permettra l'émergence de mouvements politiques qui ont rompus avec les bureaucraties staliniennes, de courants tiers-mondistes, de courants libertaires et autogestionnaires qui porteront le projet d'un socialisme démocratique. Elle marque l'apparition des idées écologistes et féministes. La décennie 70 est marquée par des luttes sociales, anti-impérialistes et sociétales importantes, mais aussi par une montée du chômage. Ces éléments contribueront à l'échec de la Droite en 1981 et à l'arrivée d'un gouvernement et d'un président de GaucheEn 1982, sont votées les lois Auroux qui modifient le droit d'expression dans les entreprises, le développement du droit syndical, les institutions représentatives du personnel dans l'entreprise ou le groupe, la création du C.H.S.C.T.La période de la Gauche au pouvoir va être une période de difficultés du mouvement syndicat. Dès 1983, avec le choix d'une politique de « rigueur », le gouvernement socialiste confirme son refus de s'affronter aux privilèges et de construire des politiques économiques alternatives au capitalisme. Le monde du travail est confronté à de nombreuses attaques: montée des licenciements et du chômage, blocage des salaires, remise en cause des services publics au nom du modernisme.Le mouvement syndical s'institutionnalise et perd son indépendance vis-à-vis du gouvernement. L'absence de projets porteurs d'espoir, l'effondrement des « pays de l'Est », le sentiment de la « trahison de la Gauche » ou de son incapacité à « changer la vie », la montée du chômage et de l'insécurité sociale, tout cela a favorisé le développement de courants xénophobes, nationalistes et populistes. Après une période de cohabitation commune Gauche-Droite, la Gauche perd le pouvoir. L'offensive capitaliste s'accentue avec le développement des politiques néo-libérales au niveau international. Divisées, inscrites dans une logique de négociation à froid, manquant de l'indépendance nécessaire vis-à-vis du gouvernement, engagées dans un syndicalisme d'accompagnement des politiques libérales au niveau national comme au niveau européen, les confédérations s'affaiblissent et cherchent à faire taire leurs oppositions internes. Des mobilisations existent dans la période 1985-1995 (cheminots et lycéens en 1986, personnels de la Poste et des hôpitaux en 1989, mouvement social de l'hiver 1995) ; mais ces résistances ne seront pas suffisantes face aux différents projets de démantèlement des acquis sociaux.Le mouvement social de 2003 (retraites et éducation nationale) se heurtera aussi à l'intransigeance gouvernementale. Dans cette période, se développe le mouvement altermondialiste qui donne de la visibilité aux diverses formes de résistance existant dans le monde contre le libéralisme et ses conséquences. Le mouvement ATTAC, le développement des forums sociaux (mondiaux, européens, locaux), les manifestations contre l'O.M.C (Organisation mondiale du commerce) ou le G8 (réunion des chefs d'Etats des sept pays les plus riches de la planète plus la Russie) en sont l'illustration. Ce mouvement permet de construire les convergences entre différentes luttes et différents mouvements.C'est dans ce contexte et pour tenter d'apporter une réponse originale aux difficultés du syndicalisme, que plusieurs syndicats autonomes (non-confédérés) rejoints par des équipes issues des confédérations (en particulier de la CFDT) construiront le Groupe des 10 qui prend l'appellation d'Union syndicale Solidaires lors de son congrès de 2004.
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